maandag, april 17, 2006

Stijl bestaat nog


Lees onderstaande tekst. Hij komt van Bruno Julliard (voorzitter van de Union des Etudiants de France en een van de mobiliserende krachten van de CPE-betogingen in Frankrijk) en hij is super. Echte jonge politici bestaan nog. God zij dank.


ma génération est plongée dans un univers d'une violence inouïe dans lequel la peur du lendemain vient amputer le dynamisme naturel de l'âge. C'est, pour la jeunesse, la fin de l'insouciance. Non, il n'y a pas de démagogie, encore moins de populisme, à dire que nous sommes maltraités. L'école est passée de grand dessein national à celui de «goulet d'étranglement budgétaire». L'emploi, autrefois passage vers le monde adulte, est devenu une «chance», à tel point qu'il faudrait en accepter toutes les conditions, même les plus humiliantes. La culture et les loisirs, enfin, sont maintenant soumis à condition d'argent et existent en vue de satisfaire la seule soif du «je veux être», sous la dictature des marques et de la mode.
Désormais, il faut que le Premier ministre regarde de près la jeunesse de son pays. Elle a exprimé son profond malaise à plusieurs reprises ces derniers mois : lors de la crise des banlieues, lors de la mobilisation lycéenne contre la loi sur l'école, et aujourd'hui avec le mouvement contre le CPE.
Pensons un instant que les jeunes qui ont aujourd'hui 18 ans seront encore contraints de travailler en 2055, et qu'ils le feront le plus souvent pour survivre, car les pensions seront plus faibles. Désormais, aux deux bouts de l'âge adulte, nous sommes sommés non plus seulement de vivre avec le «risque» de précarité, mais de vivre de manière précaire. Souvent humiliés et toujours craintifs.
M. de Villepin justifie son action pour le CPE au nom de la «sauvegarde de notre modèle social». En résumé, et sans rire, on nous explique qu'il faut mettre fin à notre système pour mieux le sauvegarder. Voilà le coeur du problème : les mesures proposées constituent un recul quand une réforme devrait au contraire permettre de construire mieux et plus.
Au-delà de toute indignation morale, par-dessus tout sentiment de révolte, il est une chose insupportable pour le plus grand nombre : la France, comme la plupart des pays occidentaux, n'a jamais été aussi riche. Mais cette richesse n'a jamais été aussi mal répartie.
On nous présente la précarité comme une réalité qu'il faudrait légaliser pour que le droit se mette en règle avec l'économie. Mais pourquoi n'imagine-t-on plus que l'action politique et législative serve justement à enrayer un fléau plutôt que de l'étendre ? D'où vient ce contresens philosophique dans le pays des Lumières ? Car, faut-il le rappeler, être précaire ­ c'est-à-dire le plus souvent travailleur pauvre ­, c'est se voir entraver tout simplement le droit au bonheur. Qu'est-ce qui pousse un gouvernement à fragiliser les personnes ? L'idéologie ou bien le cynisme ? Au nom de quel intérêt général ? Entendre que les «jeunes ne veulent plus travailler» est insupportable quand on sait qu'en réalité ils ne souhaitent qu'une chose : travailler suffisamment pour pouvoir vivre pleinement. Est-ce une honte que de clamer que la vie doit être faite pour tous ? Est-ce un crime que de vouloir profiter de ce qui ne vous est donné qu'une seule fois ? Est-ce, enfin, irresponsable que de vouloir remettre en cause le primat du profit sur la vie humaine ?
M. de Villepin affirme qu'il veut «répondre aux angoisses de la jeunesse». C'est son rôle et sa fonction. L'Unef et les organisations syndicales de salariés sont prêtes à en discuter avec lui comme avec tous ceux qui décident, par la loi, de l'avenir du pays.
Mais il a voulu pour cela imposer une loi, le CPE, sans aucune discussion préalable avec les organisations concernées. Les syndicats, unanimes, sont opposés à la mesure ainsi qu'à la méthode choisie, tout comme l'opinion publique et une grande partie du patronat. Les jeunes, dans leur grande majorité, se sentent méprisés. Enfin, au bout d'un mois et demi de blocage, la stratégie de pourrissement est en train de menacer le principe même d'un dialogue pourtant indispensable.
Or une solution à ce conflit est possible. Regardons quels sont les problèmes.
La non-reconnaissance des diplômes et des qualifications sur le marché du travail conduit les jeunes à accepter des emplois de plus en plus précaires. L'ascenseur social que constituait l'école est en panne. La conséquence est une marginalisation des jeunes peu ou pas qualifiés, qui se retrouvent durablement exclus. Par conséquent, suivre des études n'est plus perçu par tout le monde comme un moyen d'émancipation et d'insertion. Parmi les plus qualifiés, seule l'élite a un avenir promis.
Le cumul des discriminations à la formation, à l'embauche, au logement, est le quotidien du plus grand nombre. C'est parfois jusqu'à 30 ans passés qu'ils sont financièrement et socialement dépendants de leurs parents, quand ces derniers peuvent encore l'assumer...
Sur ces questions, il est urgent d'avoir un débat national. La population et les jeunes, qui sont majoritairement opposés au CPE, y sont favorables. Si nous pensons que le CPE n'apporte aucune réponse aux difficultés des jeunes et qu'il est au contraire un facteur aggravant des inégalités, nous savons que des solutions existent.
Pour nous, la première d'entre elles est l'investissement massif que notre pays est capable de consacrer à son enseignement supérieur. La démocratisation de la réussite universitaire est un enjeu majeur pour assurer des sorties qualifiantes qui permettent une insertion rapide et de qualité sur le marché de l'emploi.
La mise en protection de la jeunesse constitue également un point central. Cela passe par la mise en place d'une allocation d'autonomie pour tous. Des mesures de grande ampleur doivent permettre aux jeunes de sortir des situations de dépendance et de précarité dans lesquelles ils se trouvent, qu'ils soient étudiants ou à la recherche d'un emploi.
En ce qui concerne l'insertion professionnelle des jeunes, de nouvelles pistes doivent être explorées. Surtout, c'est une vision à long terme qu'il faut offrir aux jeunes sur le marché de l'emploi. Nous devons développer un véritable service public de l'orientation, travaillant en lien étroit avec le service public de l'emploi. La prévision des besoins économiques de notre pays doit se développer contre les logiques de rentabilité immédiate, notamment dans le service public, par la mise en place d'un plan de programmation.
Aujourd'hui, les jeunes, étudiants ou lycéens, de centre-ville ou de banlieue, manifestent pour prendre en main leur avenir. On les disait individualistes, ils choisissent l'action collective.
Aujourd'hui, l'important n'est pas qui sort vainqueur de ce bras de fer mais que la jeunesse de ce pays ait un droit à construire son avenir. Cela passe d'abord par le fait qu'elle soit entendue par le gouvernement.
Il est donc urgent que les termes du débat changent. C'est ce que nous voulons, c'est ce qui est indispensable.

http://www.liberation.fr/page.php?Article=370956

2 opmerkingen:

Peter zei

Et pour les flamands la meme chose?

;-)

Ashara zei

Juillard c'est le mec de 26-28 ans qui puisse sortir : "l'entreprise ne rentrera jamais à la fac".

Voilà ce que je trouve véritablement scandaleux.

La fac, je l'ai bien pratiquée : un double cursus abouti dans 3 facs différentes - en région et à Paris - la 3eme étant celle de mon Master.

Soit, si l'on souhaite se tourner vers une carrière universitaire, on s'en fout plutôt de l'entreprise. Mais pour la très grande majorité des étudiants, il est inadmissible, pour eux, que la plupart d'entre eux se retrouve en 3eme cycle sans avoir touché ne serait-ce qu'une fois dans leur vie le sujet de leurs longues années d'études. Et ce même pour savoir si le métier pourrait leur plaire... Il y a qq chose de violemment incohérent là-dedans...

Le décalage entre le cocon universitaire, et la réalité professionnelle est monstrueuse. Pas en termes de connaissances mais simplement dans une logique pragmatique et culturelle. J'aime le titre de ce film qui dépeint parfaitement cela : "violence des échanges en milieu tempéré"

Ca fait 8 ans que je tafe, sans compter les innombrables petits boulots que j'ai pu faire en complément de ma bourse pendant mes études et franchement, quand vous voyez un gamin de 23 ans arriver en entreprise et vous dire qu'il ne veut travailler que sur les dimensions stratégiques (certes plus intéressantes) et qui vient expliquer que "tout le monde il est trop con parce que le Professeur X blablabla, que c'est comme ça qu'il faudrait faire" alors qu'il n'a aucune conscience de la multiplicité des facteurs que l'école ne lui a jamais apprise, c'est juste une vaste farce.
Un peu d'humilité... Nouvel environnement : on apprend.
(et les professeurs ont largement leur part de responsabilité dans le décalage existant entre leur discours sur l'entreprise et la réalité).

Je me souviens d'une conférence avec Waquet - ancien président de la chambre Sociale de la Cour de Cass, pour les juristes - à qui j'avais posé la question de sa conscience de l'impact sur le monde de l'entreprise des décisions rendues. Quenini, je fus renvoyé dans mes 22 en me faisant expliquer que seul le respect des grands principes comptaient. Soit. Mais bon, il y a un moment où il faut aussi descendre de son piédestal et regarder comment se passe la vie du français moyen...

C'est donc cela, c'est exactement la même chose qu'apprendre sans jamais mettre les mains dans le cambouis. Vous aimeriez que votre garagiste n'ait jamais foutu la main sous un capot de bagnole ? C'est la même chose pour une entreprise : elle ne veut pas d'un juriste qui applique bêtement la loi (elle a des codes pour ça), elle ne veut pas d'un financier ou d'un auditeur qui ne sache que bien faire ses calculs (elle veut quelqu'un capable de sentir, de remonter à la source du bordel, capable de voir plus loin que ses chiffes) etc.


On acquiert des connaissances pendant ses études, c'est certain. Mais on apprend surtout une méthodologie. C'est la seule chose que les entreprises attendent avec votre personnalité. Après, pour se rassurer, Saint Thomas oblige, elle veut souvent voir pour croire. Imaginer qu'elles attendent les recettes miracles apprises sur un banc d'amphi est une vaste blague perpétuée en France d'année en année. (un contre exemple intéressant est celui de l'Angleterre notamment)

Donc ce grand garçon qui semble principalement préparer sa future carrière de politicien ferait bien d'aller mettre un pied, même un an, dans une entreprise. Même pour sa carrière politique, ça lui permettrait peut-être d'être un peu en cohérence avec la réalité et non avec une idéologie débilisante, certes séduisante et rassurante, mais profondément dangereuse pour qui se confrontera à la réalité professionnelle par la suite.

Et contrairement à ce qu'on a voulu faire croire sur le CPE, la logique n'était pas de mettre le jeune à la disposition de l'entreprise. La jeune avait également la possibilité de se casser. (ce qui est d'ailleurs plus vrai dans ce dernier sens).

Personnellement, je pense, comme le mec masqué dans la vidéo, qu'à défaut de stage, un CPE aurait été une vraie expérience professionnelle, rémunérée et régie par la droit du travail - pas comme un stage, laboratoire d'abus toujours plus poussés.

Ensuite, on pourrait longtemps discuter de l'impact des négos de la loi de cohésion sociale, notamment sur le reclassement des salariés en licenciement économique des TPE, du coût engendré et bizarrement du silence radio des syndicats pro sur le CNE puis sur le début du CPE. Mais bon, c'est un autre débat....

Après, pour ceux qui ne sont pas d'accord, pensez si vous voulez que je suis un salaud de sarkoziste, ce n'est pas le cas et personnellement, je m'en contrefout.

Quant au rigolo plus haut qui croit que tout le monde travaille 35h, une bonne nouvelle : la moyenne hebdo pour les cadres français est de 54h. (cela étant, le syndicalisme est fondamental - pas vraiment celui qu'on a aujourd'hui, tout institutionnalisé qu'il est, mais il est fondamental comme interlocuteur indispensable dans le dialogue social.