vrijdag, januari 05, 2007

La Zapaterreur?

La hussarde du Poitou

Comment Ségolène Royal gouverne-t-elle la région depuis un an? «Equilibre de la zapaterreur» dénoncent ceux que ses décisions et son autoritarisme heurtent. Elle se voit en chef d'entreprise en milieu hostile, entourée de conseils généraux UMP qui ne lui font aucun cadeau.

Depuis le 28 mars 2004, Poitou-Charentes rime avec voie Royal. Une rime pas facile, qui racle encore les gorges. C'est que la Zapatera régionale s'est imposée sans ménagement à la tête de l'ancien fief de Jean-Pierre Raffarin. Poussée par l'intuition qu'avec le premier anniversaire de son investiture sonnerait l'heure des (règlements de) comptes. «Au début, on l'a joué à la hussarde. On n'avait pas le choix. Il fallait aller vite, assurer le tout-venant, lancer nos initiatives», raconte Jean-Luc Fulachier, son ancien directeur de cabinet au ministère de la Famille, qu'elle a fait venir à ses côtés à Poitiers.



La présidente veut du concret, et vite. Une à une, les promesses de campagne du PS sont mises en chantier. Le changement de régime régional ne doit pas échapper aux électeurs, quitte à friser la démagogie. Dès juillet, près de 32 000 familles picto-charentaises reçoivent un chèque de 70 euros pour l'achat de livres scolaires. L'opposition grince... Ségolène Royal réalise vite que le budget régional est bridé et que c'est là son problème central. Inférieur à celui du département de Charente-Maritime, il est surtout déjà largement préempté : les lycées et la formation professionnelle en absorbent près de la moitié, le contrat Etat-région révisé en 2003 et la réfection des trains express régionaux (TER), un bon tiers. Le nouvel exécutif régional ne peut librement disposer que d'environ 15 % de l'enveloppe (70 millions d'euros). Elle pensait piloter une Jaguar, elle se retrouve au volant d'une Clio : «Le pouvoir de Raffarin reposait beaucoup sur les conseils généraux UMP», admet-elle. C'est reconnaître à demi-mot que la Région est mal taillée pour qui veut «changer la vie». L'élue PS prend acte : pour mener à bien ses projets, à commencer par la mise en place des «emplois tremplin», dispositif d'insertion professionnelle, et décide de libérer des marges. Quitte à laisser filer la dette. Quitte à se convertir à la hausse d'impôt (+ 15 % en septembre), imputée au passage à la décentralisation de Raffarin. Quitte aussi à marcher sur les pieds des partenaires institutionnels et associatifs.

D'emblée, la nouvelle présidente déleste la machinerie régionale du superflu : dans le parking de l'hôtel de région, les Laguna remplacent bientôt les luxueuses VelSatis ; la Maison du Poitou à Paris, jugée dispendieuse, est fermée, et les dépenses de communication ramenées au minimum : «On a congédié conseil en stratégie, agences d'événementiels ou de graphisme et cessé d'acheter des pleines pages dans la presse locale. Résultat : en 2004, 2,3 millions d'euros économisés !», se félicite l'entourage de Ségolène Royal. Simple entrée en matière. Fin janvier, la présidente a officiellement mis en vente les 20 % que détient la Région au capital du Futuroscope.

«Pas même une explication»

Désormais, la Région délivre ses aides au compte-gouttes. «Les gens étaient habitués à passer au guichet, dit Ségolène Royal, aujourd'hui, on n'accorde des subventions que si elles correspondent à nos objectifs politiques. Autant dire que j'ai arrêté de subventionner le golf et la recherche pour le cognac !» Le tour cycliste Poitou-Charentes doit se passer de l'aide régionale parce qu'il a refusé de fusionner avec le Tour du Limousin. Coupe aussi pour le tournoi de tennis de Bressuire (Deux-Sèvres) : «D'habitude, la Région nous donne 20 000 euros, là rien, pas même une explication», s'indigne Alain Moreau, président de la ligue Poitou-Charentes. Dans la plaquette de présentation du tournoi, la page traditionnellement réservée à la Région est restée blanche, avec juste cette mention : «Une réponse nous aurait fait plaisir». La chronique locale se nourrit de «l'incompréhension» des associations confrontées à «l'autisme» de l'institution régionale. Elisabeth Morin (UMP), présidente déchue de la région, s'emporte : «Leur devise, c'est le sport populaire pour tous. En réalité, au lieu de soutenir des manifestations de haut niveau très populaires ici, la Région saupoudre ses aides entre des petits clubs sans aucun critère. Cela permet, au passage, de faire ce qu'on veut.» Radio D4B, station melloise et niortaise (tête de pont de Ségolène dans les Deux-Sèvres), s'est vu attribuer de confortables subventions. «Avant, la tradition, c'était d'aider les radios catholiques», rétorque-t-on à l'hôtel de région.



La présidente pilote la dépense ligne par ligne. Un parent d'élève l'alerte par fax d'un problème de douche récurrent dans un lycée de Poitiers ? Elle se rend sur place et découvre la mauvaise qualité des prestations. De retour à son bureau, Ségolène Royal apprend l'existence de 17 contentieux en cours sur les travaux dans les lycées. La sanction tombe : la Région remercie bureau d'études et direction départementale de l'Equipement, et reprend la maîtrise des chantiers dans les lycées : «Je suis sûre qu'on économise 20 % du montant des travaux.»



«Je suis une adepte des circuits courts», décrète-t-elle. Les partenaires de la région comptent dès lors leurs abattis. Sortant des tiroirs un rapport de la cour régionale des comptes, Ségolène Royal dénonce «l'effet d'aubaine» des subventions aux entreprises, et rapatrie à l'hôtel de région l'instruction de ces dossiers jusque-là confiée aux chambres de commerces et d'industrie (CCI). «Aujourd'hui, on économise 1 100 euros par dossier, on cible mieux les aides et on va beaucoup plus vite, résume-t-elle. Avant, Raffarin sous-traitait tout aux chambres consulaires, c'était le même petit monde.» Allusion à peine voilée à la soeur du Premier ministre, Françoise Vilain, directrice de la CCI de la Vienne.

La chambre d'agriculture fait aussi les frais du nouveau leitmotiv «plus court, plus efficace». «Pas question de leur confier les 400 000 euros alloués cette année à la filière bio ! On passera directement par la fédération des agriculteurs bio.» De quoi raviver la guérilla à l'assemblée régionale, le patron de la chambre d'agriculture, Pierre Rocher, étant conseiller régional UMP : «Au nom de la démocratie participative, elle casse la représentative, s'énerve ce dernier, on a beaucoup de mal à travailler avec elle. On perd un temps fou à attendre des études inutiles. Les agriculteurs ne sont plus représentés hors des frontières régionales. Songez que la région Poitou-Charentes était la seule, cette année, à ne pas avoir de stand au Salon de l'agriculture à Paris !» Une diatribe qui pêche par omission : invité d'honneur du Salon de l'agriculture en 2004, la région avait dépensé près de 3 millions d'euros...

Sur le terrain, la stratégie du nouvel exécutif régional inquiète. Fin novembre, François Mary, adjoint au maire de Chiché (Deux-Sèvres), crée avec une centaine de personnes une association au nom évocateur : VRAI, pour Vigilance régionale action initiative. «Aujourd'hui, on a le sentiment que la majorité régionale sert d'abord ses intérêts et ceux de sa présidente. Sur 1,691 million d'habitants de Poitou-Charentes, 1,2 million résident dans des villes de moins de 100 000 habitants. Or, la région vient d'augmenter de 1 million d'euros les aides aux villes. Comme par hasard, Poitiers, La Rochelle et Niort ont des maires socialistes...», dit-il. Ségolène Royal esquisse un froncement de sourcils : «L'équipe précédente négligeait systématiquement les villes, nous avons procédé à un rattrapage».



Les oukases de la présidente et l'éviction d'une dizaine d'agents «rétifs» exaspèrent jusqu'à ses colistiers. «Elle se mêle de tout, décide de tout, centralise tout, ne délègue rien ou presque», grommelle un conseiller régional PS. Le court-circuitage des élus est devenu une habitude. Marie Legrand, conseillère régionale verte, raconte : «Une semaine avant le forum sur l'environnement que j'avais piloté de bout en bout, elle improvise une réunion avec les principaux acteurs régionaux de l'environnement. Là, surprise : elle engage la discussion non pas sur la base du texte d'orientation que nous avions adopté en juin, mais sur la plate-forme électorale de 2003 ! Cela s'est terminé mi-octobre par un tête-à-tête houleux dans son bureau.» Un élu socialiste renchérit : «On n'est pas là uniquement pour assurer l'intendance : une collectivité territoriale n'est pas une entreprise.»

L'avis n'est pas forcément partagé au sommet. L'arrivée impromptue en septembre d'un cabinet spécialisé dans le management, Cesar Consulting, recruté par la présidente sans qu'aucun colistier n'ait été averti, met le comble à l'exaspération. «La Région n'avait pas besoin de payer 89 000 euros à des consultants pour savoir d'où venait le malaise», persifle un élu. Imperturbable, Ségolène Royal rétorque : «Je suis PDG d'une entreprise de 400 salariés. J'avais besoin d'être à la pointe des méthodes de décision». Quelques mois plus tard, le psychodrame est (presque) oublié. «Sur la forme, Ségolène a mis de l'eau dans son vin, assure Jean Grellier, vice-président PS. Seulement, elle est très intelligente et dotée d'une capacité de travail incroyable, il faut suivre.» Marie Legrand confirme : «Il peut y avoir des désaccords, il n'y aura pas de clash politique. Du moins, pas si nos projets avancent.»

«L'ennemie à abattre»

L'opposition ne voit pas de changement. C'est que la dame ne pactise pas. «Elle a reçu de nombreux coups par le passé. L'UMP l'a toujours considérée comme l'ennemie à abattre», souligne Jean-François Fountaine, également vice-président PS. Et le gouvernement, pas moins. Avec la décentralisation, le port de la Rochelle, un des trois principaux ports de commerce du front atlantique avec Nantes et Saint-Nazaire, devait tomber dans le giron de la région. Or, fin décembre, coup de théâtre : le gouvernement classe in extremis le port de la Rochelle port autonome. La présidente de Poitou-Charentes apprendra la nouvelle par voie syndicale...




Sur le terrain, le marchandage n'est pas moins âpre. Quand Ségolène Royal décide de reconquérir le label européen de parc naturel régional pour le marais poitevin, les départements UMP de Charente-Maritime et des Deux-Sèvres lui refusent leur contribution financière. «En rétorsion, j'ai bloqué l'aide de la région à la piscine de Parthenay, fief du président du conseil général des Deux-Sèvres, et menacé de supprimer la subvention au circuit automobile Genetouse, le bébé du président du conseil général de Charente-Maritime, raconte Ségolène Royal. Tout est rentré dans l'ordre comme par enchantement.» Un exemple parmi d'autres. Une stratégie régionale que les mauvais esprits qualifient désormais d'«équilibre de la zapaterreur». Ségolène Royal ignore l'affront, uniquement concentrée sur ses résultats. Son «volontarisme politique» ne craint pas le droit d'inventaire.

bron: Libération, 14 maart 2005 (overgenomen vanhttp://www.denistouret.net/constit/Royal.html)

Geen opmerkingen: