vrijdag, augustus 17, 2007

La Belgique au bord de l’implosion (Libération-blog)

Au lendemain des élections législatives belges du 10 juin dernier, plusieurs de mes collègues françaisId819711_15_leterme_be_00cn3u_0jpg m’avaient vertement critiqué, estimant que mes papiers parus les 12 et 13 juin sur ce blog et dans le journal étaient trop alarmistes. Pour eux, Yves Leterme (photo), le premier ministre désigné, n’était nullement le flamingant que je décrivais (il faut relire l'interview que j'ai faite de lui en août 2006, tout y est) et la Belgique encore moins menacée d’implosion. Soixante-huit jours après le scrutin, il semble bien que j’avais raison et eux tort (comme le montre d'ailleurs les débats sur ce blog).

Depuis mardi, on connaît précisément les revendications flamandes en matière « communautaire », comme on dit en Belgique. Il s’agit des compétences de l’État fédéral que les démocrates chrétiens flamands du CD & V d’Yves Leterme en cartel avec les indépendantistes du NV-A et les libéraux flamands du VLD veulent voir tomber dans le giron des Régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles). Cette liste soumise, selon le quotidien francophone Le Soir, en trois temps, est proprement hallucinante : elle est bien plus longue qu’on ne l’attendait et surtout touche des compétences régaliennes, tels la justice, le Code pénal, l’acquisition de la nationalité ou encore le statut des étrangers. Les Flamands réclament même le droit de rédiger leur propre Constitution. « C'est effrayant. C'est un véritable basculement hors du système fédéral ! À ce rythme, la Belgique sera bientôt une coquille vide » s’exclame un négociateur francophone cité par la Libre Belgique.

Encore une fois pris par surprise, les francophones (libéraux du MR et ex-chrétiens-démocrates du CDH soutenus, pour le coup, par le PS qui est dans l’opposition) ont opposé leur habituel front du refus. Mais, ils ont ensuite lancé une contre-offensive, mettant enfin sur la table les préoccupations francophones : en substance, ils exigent un recensement linguistique dans la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde pour, en réalité, rectifier la frontière linguistique autour de Bruxelles et ainsi réaliser la jonction entre la capitale européenne et la Wallonie grâce à « l’annexion » de Rhode-Saint-Genèse. Ils remettent aussi en Id821499_17_leteroi_cpb_00cnnc_0jpg cause les pouvoirs exorbitants des Flamands à Bruxelles (surreprésentation dans les organes de la ville, droit de véto) vu leur nombre réduit (moins de 10% de la population). Les partis flamands ont immédiatement réagi en estimant que ces revendications étaient ridicules. Ce qui est logique, la Flandre étant d’ores et déjà pour eux un État aux frontières définies depuis 1962. Il ne s’agit que de lui attribuer l’ensemble de ses compétences naturelles et non de discuter d’une rectification de frontière…

Autant dire que l’affrontement que les francophones ont longtemps fuit est là et bien là. On ne voit plus comment Yves Leterme pourrait parvenir à former un gouvernement fédéral sur une telle base. Car l’acceptation des revendications flamandes serait une capitulation en rase campagne dont les partis francophones auraient du mal à se relever. Ne serait-il pas temps de négocier la fin de ce fantôme d’État dont 60 % de la population ne veut plus ? Et s’il faut en avoir le cœur net, que la Belgique procède à un référendum posant la question au peuple.

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