maandag, maart 24, 2008

La Belgique pour les nuls

Afin de permettre à certains amis Erasmus et français de suivre l’actualité politique belge, j’ai décidé d’écrire une petite note explicative sur mon blog (et voilà le premier article en français). Les visiteurs habituels peuvent s’en passer, vu qu’ils connaissent la situation à merveille et qu’ils défendent généralement un point de vue assez partisan.

I. Structure institutionnelle
La Belgique est un état fédéral (art. 1 Constitution), composé de trois régions et trois communautés. Contrairement à la « région » française des réformes de décentralisation des années ’80, il ne s’agit absolument pas d’entités en position hiérarchique inférieure vis-à-vis de l’état fédéral. Les actes législatifs (décret, ordonnance) des parlements régionaux sont traités à pied égal avec les lois fédérales.

A. Les organes du pouvoir
1. Le niveau fédéral connaît une structure parlementaire bicamérale (Sénat à 71 sièges, Chambre des Représentants à 150). Le pouvoir législatif étant entre les mains du Parlement et du Roi (terme constitutionnel qui désigne en réalité le gouvernement + la signature purement formelle du souverain), l’exécutif réside chez le Roi et son gouvernement, le pouvoir judiciaire est exercé par les cours et tribunaux ordinaires (avec au sommet la Cour de Cassation), le conseil d’Etat (pour la jurisprudence administrative) et la Cour Constitutionnelle (la seule habilitée à annuler ou suspendre des actes législatifs, tant ceux de la fédération, que ceux des régions et communautés).



2. Les trois régions (Flandre, Wallonie et –plus récente- celle de Bruxelles-Capitale) encadrent les 5 provinces néerlandophones, les 5 francophones et les 19 communes de la Région Bruxelloise, qui ne correspondent à aucune province. Les parlements (monocaméraux) des régions sont directement élus au suffrage universel, avec le Parlement Européen (chaque 5 ans, la fois prochaine en 2009). Le Parlement Flamand contient 118 membres (pour la région flamande), le Parlement Wallon 75, et le Parlement Bruxellois 92 (17 néerlandophones + 72 francophones).



3. Les Communautés flamande et francophone n’avaient pas d’assemblée directement élue. Le pouvoir législatif à ce niveau est exercée par des assemblées mixtes, dont les membres sont issus du ressort territorial de la communauté. Depuis 2004, six membres supplémentaires sont élus parmi les bruxellois néerlandophones, pour représenter les intérêts des habitants Bruxellois. Avant, les 6 avaient un double-mandat avec le parlement régional bruxellois. Le Parlement de la Communauté Française est toujours composé des 75 parlementaires Wallons et de 19 Bruxellois (désignés selon la représentation proportionnelle). Les 25 parlementaires germanophones sont élus directement, mais représentent une communauté assez limitée en habitants (60 000).

B. Les marais des compétences
La répartition des compétences étant trop compliquée pour la traiter de façon exhaustivei, nous donnerons simplement un aperçu général :
- fédération : les compétences classiques d’un état : les finances, les impôts et le budget général, la défense, la police, la justice (notons qu’il n’existent pas de tribunaux régionaux, si on ne tient pas compte des juridictions administratives spécifiques créées par le gouvernement flamand en matière d’élections), sécurité sociale (co-gérée par les syndicats, organisations patronales et mutuelles), droit du travail, politique étrangère
- région : les compétences relatives au sol : l’aménagement du territoire, la mobilité (sauf ce qui concerne l’aéroport de Bruxelles-National et les chemins de fer), l’économie (certains aspects), l’emploi (certains aspects), l’environnement (95% exécution de directives européennes), la tutelle administrative sur les provinces, communes et autres administrations locales
- communautés : l’éducation (poste budgétaire n° 1), la culture, la recherche (sauf les institutions centrales, bruxelloises), l’assistance aux personnes (sauf les allocations sociales), la politique de la jeunesse, les sports

Pour trancher les problèmes de non-respect de compétences, une cour constitutionnelle (la cour d’Arbitrage) a été crée en 1984, qui s’est graduellement transformée en véritable Cour Constitutionnelle.

C. Les élections
1. Le système électoral essaye d’être le plus proportionnel possible. Depuis 2003, les élections pour la chambre des représentants (150 sièges) se déroulent au niveau des provinces (entités de dimensions inégales, allant de 300 000 à 1 400 000 électeurs), ce qui a assez simplifié les choses. En contrepartie, un seuil électoral de 5% des voix au niveau de la province a été imposé, ce qui réduit l’accès au parlement pour de nouvelles formations et pousse les petits partis à s’allier entre eux ou à une formation plus grande. Le parti présente une liste, qui obtient des sièges en fonction de la proportion du nombre total des voix exprimées. Il n’est pas exclu pour une liste d’obtenir une majorité absolue, mais la fragmentation croissante du paysage politique en Flandre l’a rendu presque impossible.

2. Les élections pour le Sénat se déroulent au niveau du groupe linguistique : les collèges néerlandophone et francophone élisent 40 sénateurs. Bien que la fonction sénatoriale ait perdu beaucoup de son importance, les poids-lourds politiques utilisent la possibilité d’engager un duel direct entre eux sur l’ensemble de la Flandre ou du monde Francophone.

3. L’organisation des élections régionales diffère selon la région. Depuis que la constitution a accordé une autonomie constitutionnelle limitée aux régions et communautés, le parlement flamand s’est aligné sur le modèle fédéral. Les élections régionales en Wallonie utilisent encore les arrondissements électoraux d’avant 1991, à Bruxelles, une circonscription unique est utilisée.

II. Partis Politiques
A. Le clivage communautaire
1. Tout d’abord, depuis la scission des partis traditionnels (années 70), les partis « nationaux » n’existent plus. Les partis chrétien-démocrate, socialiste et libéral entretiennent des relations, mais qui ne sont généralement plus très proches (les libéraux faisant figure d’exception).


Tindemans, premier dans les houleuses années '70

2. La naissance des partis purement nationalistes date de la première guerre mondiale, période pendant laquelle naît la « Frontpartij » (militaires Flamands frustrés de ne pas recevoir des ordres en leur propre langue). Pendant l’entre deux-guerres, le VNV (Vlaams Nationaal Verbond) connaît un succès électoral considérable lors des élections de 1936, ce qui oblige (déjà) le parti catholique de s’organiser en deux ailes, l’une francophone, l’autre flamande.

Le VNV s’implique très fortement dans la collaboration, tout comme le parti d’extrême droite wallon et francophone Rex. Les leaders des deux mouvements (Staf Declercq et Léon Degrelle) se convoitent la grâce d’Adolphe Hitler. Après la guerre, la répression est assez dure : ce qui reste du VNV se convertit en la Volksunie. Rex disparaît, Léon Degrelle s’exile. Voilà la raison pour laquelle l’odium de la collaboration colle davantage au mouvement flamand.

En s’opposant aux recensements populaires, instaurés pour délinéer la frontière linguistique, la Volksunie connaît des succès électoraux pendant les années ’60 et ’80, ce qui contraint les partis traditionnels à l’accepter au gouvernement. En même temps, la politique conciliatrice du président Hugo Schiltz mène à la scission du parti : les militants d’extrême droite quittent le mouvement et fondent le Vlaams Blok, lors de la crise communautaire des accords d’Egmont.


Affiche de l'ancienne VU

Après les réformes de 1980, 1988 et 1993, on ne voit plus très clairement l’intérêt d’un parti nationaliste séparé. La Volksunie éclate en 2001, l’aile progressiste (qui a toujours existé, il faut être honnête sur ce point-là) rejoignant le parti libéral (individus) et le parti socialiste, en formule de cartel électoral (sous le nom de Spirit). Les nationalistes de droites, qui ne savent plus se réconcilier avec le progressisme du groupe autour de Bert Anciaux, font liste à part, sous la dénomination « Nieuw-Vlaamse Alliantie » (N-VA). Les premières années du N-VA sont gris et maigres : en 2003, le parti est même éliminé du parlement fédéral, grâce au seuil électoral de 5%. Les choses s’améliorent considérablement à l’occasion du cartel avec les chrétien-démocrates, le 14 février 2004.

Le Vlaams Blok, par contre, connaît un succès électoral immense, mélangeant la haine des immigrés à un discours radicalement nationaliste (« Que la Belgique crève »). En 2004, un million de Flamands votent « Blok » lors des élections régionales. Malgré une condamnation par la cour d’appel de Gand pour racisme, le Vlaams Belang reste toujours très attrayant pour les électeurs dégoutés.


3. Les partis régionalistes wallons n’ont pas connu tant de succès que la VU. Le Rassemblement Wallon (RW) a été absorbé par les partis traditionnels, le Front Démocratique des Francophones (FDF, parti Bruxellois, qui défend les intérêts des Francophones vivant en Flandre) reste le seul représentant du mouvement identitaire francophone, mais en alliance avec le parti libéral. Il est assez bruyant, mais n’a finalement pas autant d’influence que les nationalistes du N-VA.
Le régionaliste José Happart (habitant francophone assez remuant d’une commune annexée un peu par hazard à la Flandre en 1960), qui obtient 300 000 voix lors des élections européennes de 1994, est absorbé par le PS dans les années ’80 et meurt une mort silencieuse au parlement Wallon.

B. Le clivage gauche-droite économique
1. La Belgique, fondée sur l’idée d’un consensus d’économie libérale, connaît initialement que des oppositions entre la fraction foncière du parti catholique, et les libéraux « doctrinaires », champions de l’industrie. L’entrée du parti ouvrier belge (1885), en partie fondé par les dissidents libéraux « progressistes » et d’une aile chrétien-démocrate au sein du parti catholique, changent considérablement la donne.


(Charles Rogier, un des "fondateurs" de la nation Belge, libéral et Liégeois)

2. Les partis socialiste et chrétien jouissent du soutien de leurs propres « piliers », consistant de mutuelles et de syndicats, dont les versions chrétiennes font initialement parti de la stratégie papale pour contrer le mouvement ouvrier socialiste. Les institutions ont survécu (malgré une vague de dépilarisation ou de consumérisme) et tiennent aujourd’hui encore une puissance considérable dans les secteurs de sécurité sociale, de l’éducation et de la défense des droits des travailleurs. Le comportement électoral des membres n’est plus exclusivement aligné sur celui des partis « de la famille », mais les liens entre la direction des mouvement et les partis restent généralement intacts, les syndicats et mutuelles bénéficiant de nominations et de faveurs des partis politiques. A noter : les libéraux connaissent eux aussi une mutuelle et un syndicat, dû à l’héritage du « libéralisme social ».


(logo de Caritas Catolica Flandre, association catholique qui gère des hôpitaux, des maisons de retraite...)

3. Le parti libéral s’est scindé, lui aussi, en PLP/PVV (Parti de la Libérté et du Progrès), tout comme le PS/SP. Quelques évolutions plus tard, nous nous retrouvons avec une alliance PRL (Parti pour un rassemblement libéral)-FDF, devenu MR (un peu comme l’UMP) et VLD (Vlaamse Liberalen en Democraten), puis openVLD (ça fait plus « com »), d’un côte ; sp.a (parti socialiste autrement, parce que… ça fait plus « com ») et PS de l’autre. Les libéraux flamands sont implantés partout, les socialistes surtout dans les grandes villes en Flandre et dans le bassin d’acier Liège-Charleroi en Wallonie. Récemment, une liste dissidente libérale est née en Flandre, lijst Dedecker, aux propos populistes de droite.


De la concurrence, les socialistes en avaient déjà en 1981, année d’élections très importante, puisque le CVP y a chuté de 40 à 30%. L’apparition des partis verts agalev et ecolo a fait du mal au partis socialistes, qui avaient le monopole de la gauche. En 1999, les verts on connu leur apogée avec la crise de la dioxine (15% pour agalev en Flandre, presque 20% pour écolo en Wallonie et plus encore à Bruxelles). Après, ils se sont stabilisés à nouveau autour de 7% (Groen!, successeur d’agalev après un désastre électoral en 2003) et 12% (ecolo).


(Louis Tobback, socialiste flamand)


(Guy Verhofstadt, VLD & Freya Van den Bossche, sp.a, exprimant l'idylle du gouvernement conjoint de la ville de Gand)

C. Un vieil embarras: les problèmes de conscience
1. Le consensus économique étant bien présent en 1830, la formation des partis libéral (1846) et Catholique s’est effectué sur des divergences éthiques. En premier lieu, le débat autour des questions d’enseignement a déclenché des luttes interminables. Commençant par la loi sur l’éducation primaire (les écoles catholiques doivent elle être financées par le pouvoir communal/central, si elles n’acceptent pas le contrôle de l’état ?), la querelle autour des collèges et lycées a abouti à une véritable guerre scolaire (mot qui convient mieux que « lutte »), qui a été répétée après la deuxième guerre mondiale. Les problèmes ont finalement été résolus en « pactes » (éducation, culture) : on a fini par tout saucissonner en représentations garanties des associations non-catholiques (Flandre) et non-laïques (Wallonie), et en garantissant à la fois la présence d’une école publique (principe de libre-choix des parents) et d'un financement pour les écoles catholiques.


(Walthère Frère-Orban, premier ministre libéral lors de la guerre scolaire de 1880)

2. L’omniprésence électorale du parti catholique, dû à sa très forte implication dans la vie quotidienne de la population, a fait que sa présence au gouvernement était inévitable. La majorité absolue des catholiques fait en sorte qu’il n’a à s’appuyer sur personne avant la première guerre mondiale. Quand, après la deuxième guerre, la chance s’annonce de former un gouvernement socialiste-libéral sous la direction du socialiste brugeois Achiel Van Acker (1954-1958), l’opposition tous azimuts du CVP/PSC (parti refondé en 1945) lui apporte une nouvelle majorité absolue. Le gouvernement-Verhofstadt I (1999-2003) était le premier sans participation des partis chrétiens depuis… Sous les législatures sans CVP, des réformes éthiques ont vu le jour (euthanasie, mariage puis adoption par couples homosexuels). Une épisode précédente, sur la loi d’avortement, qui a été votée libéraux/socialistes contre chrétiens/royauté en 1991 étant un précédent important.


(Achiel van Acker)

3. Les partis étant formellement déconfessionnalisés depuis 1945, le parti francophone PSC a été le premier (2001) a renoncer à l’appellation « chrétien », en se baptisant « humaniste » (cdH). Le CVP, par contre, colle toujours plus littéralement à ces racines philosophiques, et a conservé l’étiquette, lors du changement vers CD&V (« christen-democratisch en vlaams »). Le cdH est électoralement plutôt faible, le CD&V est à présent à nouveau le premier parti flamand, grâce à l’alliance avec les nationalistes.


(Joëlle Milquet, présidente du cdH, caricaturée pour ses positions communautaires)

III. L’état de misère actuel
A. Les élections de 2004 et 2007 : la fin d’un rêve
1. Les élections fédérales de 2003 avaient vu la reconduction du cabinet-Verhofstadt : les verts étant rasés de la terre, les familles libérale et socialiste possédaient presque la majorité des deux tiers à eux seuls. Tous les partis de la majorité avaient gagné, ce qui est très exceptionnel en démocratie belge.

Malheureusement, une succession de dossiers pénibles a paralysé le gouvernement depuis la fin-2003 : le droit de vote des étrangers (approuvé par une majorité francophone + socialistes flamands) a semé la zizanie au sein du parti du premier ministre, les vols de nuit autour de Bruxelles posent aujourd’hui encore des problèmes impossibles à résoudre (la compétence des normes sonores étant régionalisée, l’état fédéral ne peut plus imposer de solution). C’est finalement le dossier de la loi électorale qui va mater le gouvernement.


(caricature fictive d'un ministre flamand lors de la crise BHV)

2. L’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde n’est pas conformé à la division du territoire belge en provinces. Pourquoi ? Parce que la région de Bruxelles-capitale, bilingue à très forte domination francophone (85% des voix lors des élections régionales), n’appartient à aucune des 10 provinces du pays. Organiser les élections sur base provinciale, couperait les liens entre les politiciens bruxellois et les électeurs en Brabant Flamand. La chose serait assez simple, s’il ne se trouvait pas une majorité d’électeurs francophones en périphérie bruxelloise, qui souhaitent voter pour les grands partis francophones de la capitale.

Le gouvernement-Verhofstadt I, bien conscient du problème, a proposé un mélange Bruxelles-Brabant Wallon-Brabant Flamand, permettant aux électeurs de Hal-Vilvorde de continuer à voter pour les candidats de leur préférence. Hélas ! L’infrastructure juridique n’étant pas trop sophistiquée, la Cour Constitutionnelle a annulé les dispositions de la loi électorale, pour cause de violation de l’article 10 Constitution Belge (traitement égal de situation similaires) : la représentation des électeurs Louvainois n’était pas assurée, contrairement à ce que prescrit la constitution (qui demande expressément que la loi indique le nombre de sièges fixe par arrondissement). Notons aussi qu'à l'heure actuelle, de nouvelles élections, sans solution au problème-BHV, seraient de toute façon inconstitutionnelles.


(Marc Bossuyt, président actuel de la Cour Constitutionnelle)

Vous comprendrez que la situation est assez subtile et qu’une solution requiert un compromis qui tient compte des exigences des minorités en place (les habitants de la périphérie, aussi bien que les néerlandophones minoritaires à Bruxelles, qui se verraient coupés de toute représentation parlementaire). La politique n’est cependant pas l’art de la raison, ni de la nuance.

L’alliance CD&V/N-VA, qui naît en février 2004, exploite le dossier pour motifs électoraux : on organise une marche flamande dans les communes de la périphérie, des meetings… la pression devient insupportable pour les autres partis flamands, les libéraux et socialistes, qui comptent parmi leurs rangs ou ceux de leur partenaire de cartel, des ex-VU. Cinq minutes de courage politique suffiraient (dixit Yves Leterme) à résoudre ce problème épineux.

Comment ? En utilisant la majorité flamande au parlement fédéral, contre les francophones. Or, les partis flamands qui font objection et essayent d’expliquer que cela ne se fait en Belgique, puisqu’on parle alors de l’imposition de la volonté d’une majorité à une minorité, et non de cohabitation entre les deux communautés, sont reprochés d’être lâches. Il vaut mieux être fasciste que mauvais flamand. Parce que…


(affiche du Vlaams Blok, remarquez le petit blondin aux yeux bleus)

3. … le seul parti tirant profit du dossier lors des régionales, c’est le parti raciste ! 24% des voix, la fraction la plus grande au parlement flamand (32 députés ó fractions séparées du CD&V et du N-VA, qui s’étaient pourtant présentés en cartel). Conséquence : le CD&V, en quête de pouvoir et de revanche sur l’infâme Verhofstadt, qui a cassé sa dominance, se voit contraint de régner à trois : un gouvernement tripartite (chrétiens-nationalistes de droite / libéraux / socialistes-nationalistes de gauche) s’installe, à la tête duquel se trouve… Yves Leterme, qui se profile davantage au détriment des francophones. Jusqu’aux élections de 2007, Leterme monopolise le discours de la campagne électorale : les partis socialiste et libéral n’osent pas l’opposer fermement sur la direction de la réforme de l’état et sont attaqués de toutes parts pour leur gestion du pays, à l’image des dossiers catastrophiques des années 2004-2007.

Confronté à la dissidence ouverte (et insultante) du sénateur Jean-Marie Dedecker, qui n’appartient pas vraiment à une aile de droite structurée au sein du parti libéral, mais qui représente une partie considérable de son électorat, Guy Verhofstadt limoge le récalcitrant, qui fond son propre parti. Dedecker a failli scinder le cartel CD&V/N-VA en se présentant d’abord au N-VA (il est accueilli dans les bureaux du parti et présenté à la presse), mais sous pression du CD&V, les nationalistes le mettent dehors : un nouveau parti flamingant de droite et libéral voit le jour.

En même temps, la Wallonie connaît d’importants scandales autour de la gestion des communes et autres administrations locales par le PS. La ville de Charleroi tremble : presque la totalité du collège des bourgmestre (maires) et échevins (adjoints au maire) se trouve inculpé ou en prison. Le parti libéral (MR), dont le président, Didier Reynders, se profile en admirateur de Nicolas Sarkozy, tire profit des problèmes, tout comme le parti écologiste, qui voit sa chance pour prendre revanche pour les élections ratées de 2003. Il faut cependant noter que le PS crée le chagrin chez les libéraux en les boutant dehors à l’occasion des élections de 2004 : la communauté française et les régions bruxelloise et wallonne sont désormais régis par une coalition orange-rouge.


(Michel Daerden, vice-ministre-président du gouvernement wallon, si si... il a fait un tabac en 2007, précisément à cause de la vidéo sur Youtube)

B. La gueule de bois d’Yves Leterme ou les négociations difficiles
1. Les Elections du 10 juin 2007 se soldent en un échec cuisant pour les socialistes. Plus ou moins surprenant, le cartel sp.a-Spirit plonge de 23 à 14 sièges à la chambre (ce qui égale le minimum historique). Le PS perd sa position de leader historique en Wallonie et se voit surpassé par le MR de Reynders. En Flandre, CD&V/N-VA et Lijst Dedecker (qui plume le Vlaams Belang) se trouvent victorieux. Le parti du premier ministre sortant bénéficie de sa popularité et sait limiter les dégâts.

Conséquence : un gouvernement fédéral sans socialistes, ce qui serait logique sur base des résultats électoraux ? Les problèmes communautaires empêchent la formation d’une constellation « normale ». Après un long passage d’informateur de Reynders, Leterme prend la relève. Des négociations absurdes se déroulent au château de Val Duchesse, autrefois choisi par Jean-Luc Dehaene à cause de sa discrétion relative. Les protagonistes formulent chaque jour des déclarations plus injurieuses et radicales devant l’œil des caméras de télévision, avant d’entrer chez l’hôte-formateur.

Les capacités de Leterme sont mises en cause, quand il se révèle que son style de conduire la négociation se résume à attendre les propositions des autres : « hij kan het niet ». Le formateur ne prend pas la direction des échanges, comme le faisait d’habitude son prédécesseur, qui a façonné les méthodes de la négociation pendant huit ans. En plus, il commet la fameuse bourde de la Marseillaise (vidéo).



2. Une (première) démission de Leterme devient inévitable. Afin de déminer la situation, le roi Albert II envoie Herman Van Rompuy (ex-premier ministre du CVP) en tant qu’éclaireur. Il arrive à faire avancer les choses, en retardant la discussion institutionnelle et en la découplant de la discussion sur le programme socio-économique du gouvernement. Malheureusement, les avancées sont insuffisantes pour les partenaires N-VA, dont le président De Wever déclare ouvertement son opposition à une circonscription électorale fédérale ou toute autre mesure de renforcement du niveau fédéral. Et voilà pour le fondamentalisme. (il ne faut cependant pas oublier non plus que M. De Wever se sent menacé par la liste Dedecker et le Vlaams Belang, tous les deux avides de récupérer des voix des ses électeurs, déçus par un éventuel compromis gouvernemental)

Les choses s'empirent : les partis flamands utilisent leur « cinq minutes » en votant unilatéralement une proposition de loi visant à scinder BHV, en commission de la Chambre. Etant donné que le modèle constitutionnel belge prévoit des situations pareilles, cela ne signifie pas une scission immédiate : le parlement de la communauté française vote une motion de conflit d’intérêt, ce qui met le dossier au frigo (même si on procédait jamais au vote en séance plénière, une seconde motion et/ou la procédure de la « sonnette d’alarme constitutionnelle » peuvent encore retarder que l’affaire se matérialise). Le pas symbolique est cependant franchi. Les partis francophones parlent de « giffle » à leur communauté. Situation qui s’empire quand le ministre d’Intérieur flamand refuse la nomination de bourgmestres dans la périphérie, pour violation de dispositions linguistiques dans les décrets flamands. Les situations ridicules s'ensuivent: les francophones exigent le droit de parler le français en conseil communal, ce qui leur est empêché, tant par des militants d'extrême droite, que par le autres élus flamands, le président du N-VA insulte la communauté juive en trouvant les excuses du bourgmestre d'Anvers pour la participation de l'administration municipale à la Shoah "gratuites"...



3. Leterme doit donc revenir, mais il échoue une seconde fois. La panique monte, après six mois de crise. Finalement, le roi rappelle Guy Verhofstadt, qui forme un gouvernement intérimaire, qui comprend les partis « orange-bleus » et… le PS. Le président du MR, Reynders, doit oublier son veto à l’entrée des socialistes francophones, mis sous pression par le N-VA (qui veut une majorité des deux tiers, afin de pouvoir régionaliser les compétences qui se trouvent dans la constitution et les lois spéciales) et par le cdH (qui est au gouvernement régional avec le PS). Côté flamand, l’entente de circonstance entre le CD&V (qui n’a pas vraiment oublié l’agression du VLD à son égard) et l’OpenVLD (qui se sent menacé par la dissidence de droite de Dedecker) semble plus durable : pas question de laisser entrer les socialistes. La Flandre a voté à droite, et il lui faut une politique de droite.

Question communautaire… on fait exactement ce qu’avait proposé Van Rompuy : un comité des sages, composé de représentants de tous partis, apporte une décision saucissonnée. La réforme de l’état se fera en trois étapes : 1) La loi sur les baux, les nuisances sonores et la signalisation routière (il faut quand même quelque chose) 2) La fiscalité (en partie) et la politique du marché du travail 3) Les dossiers épineux, dont… BHV.

C. La fin des anciennes certitudes : l’étrange cabinet « lila »
1. Depuis le 20 mars, Leterme est bel et bien premier ministre. Victime d’un malaise dû à une saignée interne, il a été hospitalisé pendant dix jours, à l’image de l’état fédéral, où l’on règne plus depuis un an. On a l’impression que le gouvernement ne fait qu’attendre la réforme de l’état, dont le deuxième volet doit être proposé (non : voté) en juillet. La politique proposée semble complètement irréaliste : aucune proposition n’est chiffrée, on manque de budgets clairs.



2. Il n’est pas du tout clair si le N-VA continuera à soutenir le gouvernement-Leterme. Comme avec le gouvernement intérimaire, un des cinq parlementaires s’est abstenu à cause de l’insuffisance de l’accord communautaire. Les signaux du CD&V ne sont pas très clairs : ils quitteront le gouvernement si ce n’est pas suffisant, mais ils ne veulent pas contribuer à la fin du pays non plus…

Le gouvernement consiste à présent de deux mondes politiques différents : tous les partis réunis du côté francophone, avec un isolement clair du parti libéral, contraire à la situation flamande, où l’entente entre chrétiens et libéraux, bien que circonstancielle, semble bien présente. Conséquence : à défaut d’entente entre partis socialistes et chrétiens, les libéraux se trouvent en position de direction. Le PS a clairement choisi la loyauté régionale (ce qui est déplorable), en maintenant le lien avec l’axe PS-cdH à Bruxelles et à Namur.



3. A l’image de la politique grise du gouvernement flamand, il est très probable que les élections régionales de 2009 donneront une victoire de centre-droite, qui consacrera la métamorphose du paysage politique belge : le CD&V retrouve sa position de leader, les socialistes flamands descendent en opposition (après avoir été au pouvoir pendant 20 ans, en partie grâce au PS, qui les a carrément laissé tomber), en contraste avec une Wallonie ou le PS règne avec le cdH, en pure politique politicienne, mais menacé par les scandales (quand les procès des affaires de Charleroi se dérouleront-ils ?) Mais qui peut prédire si Joëlle Milquet (présidente du parti chrétien) refusera ou non de faire alliance avec un parti libéral qui sort premier en région Wallonne ?


2 opmerkingen:

anthony zei

Pas toujours d'accord avec tout mais très bien écrit et très instructif ! Bravo !

Anoniem zei

Article interessant qui mériterait d'être remise à jour en continue via une page wikipedia par exemple.

Sinon, la seule solution à long terme pour la Belgique est de rendre les belges bilingue obligatoire (néerlandais, français). Tout élève Belge devra être parfaitement bilingue dans les deux langues et les enseignements devant être effectués alternativement dans l'une ou l'autre des langues.

Seule l'égalité de traitement linguistique peut apporter un apaisement dans les esprits.

Sans langues communes, la seule issue possible est la séparation des deux communautés à moyenne échéance.

Je précise que je ne suis pas Belge, et que non je ne parle pas néerlandais mais anglais, allemand, espagnol et un peu d'italien ;-)

J'aime beaucoup la Belgique, mais j'ai du mal à comprendre les Flamands.

Anecdote : envoyé en mission pour quelques semaines, j'ai décidé de me promener dans les environs à la recherche d'un supermarché. Je me suis perdu avec ma voiture immatriculée en FRA... Je demande donc la route à une charmante dame :

Moi : "Excusez mois de vous déranger mais je suis perdu. La route pour BXL, s'il vous plait ?"
Elle : Réponse en Néerlandais à toute vitesse
Moi : "Je suis désolais je suis Français, je ne parle pas néerlandais"
Elle : "Ah, oui ... alors vous prenez à droite, puis à gauche et suivez ensuite les panneaux"
Moi : "Merci beaucoup, bonne journée"

Autant je comprend l'agacement des Flamands à ce que les Wallons n'apprennent pas le néerlandais, autant il est tout aussi inacceptable de faire de la rétention et ne pas se voir répondre dans sa langue si la personne la parle. C'est quoi cette mentalité ?

Car il eut été évident que si je connaissais le néerlandais, j'aurais demandais mon chemin dans cette langue par simple politesse, comme je le fais dans tous les pays dont je connais la langue.

Cette situation est la même dans les entreprises.

A Proximus, même si une réunion est composée de 20 francophone et un néerlandophone parlant parfaitement le français, il exigera que la réunion soit effectuée en Anglais. Une situation vraiment ridicule ou la langue officielle devient peu à peu .... l'anglais, MDR :)

C'est pour cela que je pense qu'en premier tout est un problème de langue. Sans langue commune pour discuter, aucun dialogue, aucun échange d'idée, discussion ou débat.

Merci en tout cas pour cet article.