woensdag, oktober 15, 2008

Les horreurs de la crise

Ce soir se tenait un débat à Sciences Po du groupe autour de la résolution pour le congrès de Reims "un monde d'avance" (soutenue par Henri Emmanuelli et Benoît Hamon). Les économistes Jacques Sapir (EHESS), Frédéric Lordon (CNRS) et Bernard Maris (Paris-XII) ont chacun livré leur analyse des aspects monétaires-économiques, financiers et politiques de la période de tourmente que nous vivons. La totalité du débat sera retransmis sur internet (des caméras et micros de LCP étaient présents).

J'assistais au débat en participant plus ou moins neutre, ne me souciant pas plus que les autres de la crise. Au fur et à mesure que les exposés avancaient, je ne pouvais me dissocier d'un sentiment d'alerte généralisée.

Lordon plaidait pour un contrôle de risque ab initio, l'abandon de la théorie de level playing field (l'approche des accords de Bâle, qu'il juge beaucoup trop mous), par une interdiction formelle de la titrisation, la nationalisation des places boursières (voir leur fermeture => il prétendait que la bourse américaine détruisait plus de croissance qu'elle n'en créait) et une politique anti-spéculatrice rigoureuse. Créer deux taux d'échange (l'une, basse, pour l'économie réelle, où l'argent va dans de vrais projets; l'autre, très élevée, pour les opérations financières) devrait couper court les opérations genre LBO (leverage buy-out <>


Sapir ne s'appliquait pas aux solutions financières, mais au contexte général. Selon le professeur de l'EHESS, la crise financière s'inscrit dans une logique à trois niveaux: celle de la crise de liquidité (1), du système financier (2) et de la dépression salariale (3). Il faut tenir compte de la position dissidente de Sapir dans les milieux économistes: il défend bec et oncles une politique de protectionnisme. La seule, à son avis, ayant pu dégager la "véritable croissance" économique (Napoléon, Zollverein en Allemagne, tarif McKinsey aux Etats-Unis, le Japon, la Turquie...).

Le système financier sert à générer les moyens pour des opérations de délocalisation, qui visent à mettre sur le même niveau de concurrence les états sur le plan productif, sans ce faire pour les questions écologiques et sociales (en notant en passant que le prix Nobel récent Paul Krugman vient de faire un revirement curieux en la matière, en reconnaissant le rôle de la dépression salariale dans la crise actuelle). Les entreprises Américaines empruntent pour délocaliser en Chine, où les biens sont produits à prix bas, pour les revendre ensuite en Amérique, où la main d'œuvre est mise en concurrence.


Après ce qui ressemble à un discours connu sur la globalisation et la marginalisation des salariés face aux bénéfices financiers, Sapir lançait sa propre prédiction de l'évolution de l'économie mondiale. Le Plan-Paulson, destiné à sauver les banquiers américains (et non les ménages endettés, qui sont pourtant le moteur de l'économie, par leur consommation), va creuser un trou de 10% dans le budget 2008-2009 de l'état. Conséquence: Sapir prévoit une chute considérable du dollar, une fois que les agents financiers auront pris en compte l'ampleur de l'opération. Ce qui entraînera un choc brutal, qui retentira jusque dans le marche des matières premières.

Sapir prédit que les premières victimes seront l'Espagne et l'Italie. L'Espagne notamment, où le déficit plongera jusqu'à 9%. Ce qui aura des conséquences sur le pacte de stabilité de la zone euro: soit on l'amende (conséquence: il n'aura plus beaucoup de sens, puisque les difficultés des finances publiques vont attaquer la crédibilité de la monnaie), soit la France suivra quelques mois après. Le niveau actuel du dollar (1,337 <=> 1 euro) fait perdre 0,6% nets de croissance par an. Que n'arriverait-il pas en cas de chute accélérée ? Sapir croit en effet que le "choc" sera grand et qu'il ira en très grands pas.

Maris n'a pas fait plus que souligner ce qu'avaient raconté Lordon et Sapir, mais a ajouté que de fait, les Etats-Unis utilisaient la Chine comme un "hedge fund", basé sur une certaine unité monétaire. Si la chute prédite par Sapir se réalise, les Chinois aussi seront en grave difficulté. Selon Maris, les investisseurs Chinois ont insisté en premiers sur la nationalisation de Freddie & Fannie.

En gros, beaucoup plus d'inquiétude que la revue de presse de ces derniers jours, qui croyait la crise passée avec le plan de sauvetage européen. En réalité, les titres pourris sont toujours là. Pire, on ne sait pas qui les détient. A un moment ou tout investisseur veut en premier lieu de la liquidité (raison pour laquelle tout le monde vend en bourse à un moment où les titres sont en baisse, ce qui a déjà été décrit par Keynes dans sa Theorie Générale: mieux vaut 30 ou 40% de liquidité directe, qu'un actif potentiellement périmé), les banques... refusent de prêter. Si on ne change pas de mains le contrôle des banques (qui pensent en premier lieu à leur propre survie), on ne sortira pas de la crise, qui produira de toute façon de conséquences sociales extrêmement graves. Des centaines de milliers de gens se retrouveront sans avenir, de toute façon.

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