woensdag, maart 18, 2009

En attendant la manif

Hier soir, des incidents ont eu lieu à Sciences Po. Pendant que presque toutes les universités de France sont en grève, l'IEP (comme il est de tradition) échappait aux blocages ou manifestations. Le spectacle n'était pas très impressionnant. J'ai vu une petite cinquantaine de personnes chantant l'Internationale et criant quelques slogans, mais ils se sont dispersés vers 7:30, accompagnés par un petit cordon de CRS. Bien que des contrôles identitaires aient été mis en place les dernières semaines (pour empêcher l'intrusion d'"externes"), rien ne semble indiquer un arrêt effectif de la vie normale (sauf peut-être pour le personnel des bibliothèques ou pour les chercheurs). Les étudiants de "pipo" sont apathiques et songent davantage à leurs exposés qu'à la révolution.

La journée d'action nationale du 26 janvier a mobilisé entre 1 et 2,5 millions de manifestants. Les prévisions pour demain sont à la hausse: 71% des Français soutiennent le mouvement anti-Sarkozyste (Le Monde). Vu que les transports publics ont plutôt bien fonctionné en janvier, on peut s'attendre à des effectifs gonflés à République. Le "Canard" indique que le Président serait nettement moins incliné que la fois dernière à dépenser pour le "social", son Premier Ministre soulignant que dépense supplémentaire égale endettement supplémentaire. Toutefois, il n'est pas à exclure que Sarkozy laisse tomber le fameux "bouclier fiscal", qui exonère les plus riches d'impôts au-delà de 50% de leur revenu imposable. Bien que cette mesure soulage aussi des foyers plutôt modestes, elle a couté plus de 450 millions d'euros à l'état français, entrainant un bénéfice moyen de plus de 30 000 par foyer. Entre autres Dominique de Villepin l'a fortement critiqué, se joignant à l'opposition.

On prévoit notamment une mobilisation impressionnante en province, où les conséquences de la crise sont plus ressenties qu'à Paris, comme en janvier. La fermeture récente d'une usine Continental et les licenciements chez Total (établissement qui avait quand même réalisé de très beaux profits en 2008) sont exemplaires à ce titre. Ajoutez à ça les visites/vacances luxueuses du Président au Mexique, la controverse autour de la réintégration de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN et vous en avez de mécontents...

(rue89)

C'était mardi. Alors que Sciences Po s'y préparait depuis plusieurs jours, « l'invasion » a finalement eu lieu. Pourtant, des contrôles stricts à l'entrée de l'établissement avaient été instaurés sur injonction du directeur Richard Descoings, qui en avait profité pour engager des vigiles d'une société privée.

Malgré ce dispositif visant à éviter la prise d'une proie symbolique et facile d'accès pour le mouvement des enseignants-chercheurs, une brèche fut finalement ouverte de l'intérieur et une trentaine d'enseignants et d'étudiants universitaires réussirent à entrer dans l'institution peu après 17h00.

Provenant en majorité d'universités parisiennes, c'est dans un certain calme qu'ils déployèrent dans le hall une bannière demandant la dissolution de « tous les IEP ». Après avoir assuré le spectacle devant des étudiants en majorité amusés (mais pas tous, comme le montre la vidéo ci-dessous), les universitaires se dirigèrent vers l'amphithéâtre principal afin d'y empêcher la tenue du cours d'Olivier Duhamel sur les institutions politiques.

Prenant place sur l'estrade et refusant les propositions de médiation du professeur et de l'administration, leur tentative d'amorcer une assemblée générale entraîna le départ de la majorité des étudiants et une première vague de quolibets.

Dans une ambiance moins décontractée qu'au départ, une tentative de « cours alternatif » fut vite avortée et les étudiants de Sciences Po progressivement évacués d'un batîment désormais bloqué.

Les journalistes se massaient en même temps que les gendarmes mobiles aux portes du 27 rue Saint Guillaume et le coup semblait réussi pour des universitaires qui venaient de s'offrir une vitrine médiatique.

« Elitistes », « fils de bourges », « consanguins »...

Si factuellement il ne ressort rien de bien passionnant de ce « non-événement », dont le bilan se réduit à une cheville foulée pour le responsable associatif de Sciences Po et à une évacuation dans le calme vers 20h30, il n'en reste pas moins que cette journée fut l'occasion de faire l'amère (re)découverte d'un fossé (symbolique ou réel) entre le monde universitaire et Sciences Po.

En effet, et si aucun dégât matériel n'a pu être constaté, ni aucune violence physique exercée, le climat entre universitaires et « pipoteurs » n'en fut pas moins tendu, et les préjugés firent constamment barrière au débat.

Les minorités en profitèrent rapidement et aux arrachages de banderoles par des militants UNI en trench et chemise répondirent des doigts d'honneur, tags divers de la part d'autonomes bière à la main : l'affrontement sombra vite dans la caricature.

Ainsi, les manifestants profitèrent des réactions disproportionnées de certains étudiants de Sciences Po pour reprendre les traditionnels reproches effectués à l'institution (« élitistes », « fils de bourges », « consanguins »...).

« Cac 40 Cac 40 », « On payera votre RMI », « Dégagez-les, chargez-les »

Une majorité des étudiants de Sciences-Po qui étaient restés dehors, dans l'attente d'une hypothétique réouverture, commença à scander des slogans à l'élitisme aussi caricatural qu'assumé. De l'inoffensif et potache « Cac 40 Cac 40 » au plus douteux « On payera votre RMI » en passant par un « Dégagez-les, chargez-les » adressé aux forces de l'ordre, la violence verbale dépassa très vite l'autodérision initiale, certains n'hésitant pas à dépasser la ligne jaune.

C'est alors un mépris très majoritaire et clairement assumé qu'afficha la majorité des étudiants de Sciences Po non seulement vis-à-vis des personnes présentes, mais aussi du mouvement contestataire dans son ensemble. Les étudiants ne sortirent pas grandis d'une dérive qui les amena à applaudir l'arrivée des forces de l'ordre.

S'il faut se demander à quel point ces propos sont représentatifs, il n'en reste pas moins que les statuts allant d'un gentille condescendance à un franc mépris (« please, c'est donner trop de crédit à des conneries mal rasées et pas lavées... ») en passant par un je m'en foutisme exaspéré (« on aurait pu les dégager plus tôt, je vais encore avoir un rattrapage à 8h00... ») ont été légion, sans que ne soit véritablement abordée à aucun moment la question du mouvement universitaire et des potentielles conséquences des mesures prises par Pécresse et Darcos.

Un vase clos ?

Profiter d'un événement certainement contestable mais à la portée politique indubitable pour saisir la balle au bond et se poser des questions de fond, plutôt que de s'attarder avec une frivolité assumée mais non moins dérangeante sur le physique et les habits d'enseignants et étudiants qui n'ont fait que tenter d'apporter un nouveau coup de projecteur à leurs revendications en « envahissant » ce qui reste pour eux un palais inaccessible et symbole d'un élitisme égoïste et décomplexé, aurait permis tant aux étudiants qu'à l'administration de Sciences Po de continuer à se défaire des préjugés que se fait une grande partie de la communauté universitaire sur les IEP. Ce sera pour une autre fois.

Cela veut-il dire que Sciences Po ne serait qu'un vase clos, alors même que tous les médias s'empressent de vanter les politiques d'ouverture de son directeur Richard Descoings, lui même issu d'un milieu modeste ? Sans qu'il soit ici question de trancher sur cette question, la réaction de toute une tranche des Sciencespotards lors de cette occupation remet en cause bien des espoirs que l'on était en droit de fonder sur l'évolution de cette « fabrique des élites ».

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