donderdag, februari 18, 2010

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Een lange dépêche uit de zomer van 1722 van de hand van Louis de Pesme, heer van St Saphorin (1669-1737, Zwitserse diplomaat in dienst van George I van Engeland-Hannover, met een Keizerlijk verleden), vanuit Wenen, naar sir Luke Schaub (1690-1758, protégé van Whig-Secretary of State Carteret), Engels gezant in Parijs.

Er wordt wat afgeroddeld over de motieven van keurvorst Max Emmanuel van Beieren, om naar Florence te trekken. Vier jaar eerder hebben Frankrijk, Engeland, de Republiek en het Rijk bij de Quadruple Alliantie beslist om de met uitsterven bedreigde geslachten Farnese (Parma-Piacenza) en de'Medici (groothertogdom Toscane) te laten opvolgen door de zonen van Elisabeth Farnese, echtgenote van de Spaanse koning Filips V.

Dat moet evenwel nog gerealiseerd worden. De Spanjaarden eisen het recht om in afwachting van overlijden, eigen troepen te legeren in de over te nemen gebieden, wat de Keizer, die zijn theoretische macht als leenheer over de Italiaanse gebieden wil behouden, helemaal niet ziet zitten. Er moet een congres bijeenkomen in Cambrai (Noorden van Frankrijk), maar ook dat heeft nogal wat voeten in de aarde. Verschillende kwesties komen er terzelfdertijd ter tafel (o.a. ook de Oostendse Compagnie, die een doorn in het oog van Londen en Den Haag is), wat maakt dat een deal bijna onmogelijk wordt.

(National Archives, State Papers Foreign, 78-177, France 1722)
"Copie d'une lettre de M. de St Saphorin
à Mr. Le Chevr Schaub. Vienne 9. Juillet 1722

Je me prevaux de l'occasion de
M. le Noir, qui va à Paris en Poste, pouv ous
accuser la reception de la lettre que vous m'avez fait
l'honneur de m'écrire le 24. du passé, et pour vous dire
les demarches que nous avons faites. Mr du Bourg et
moy en consequence des ordres que nous avons reçûs.
Le Messager Camarra arriva le 5. au Soir, et comme
l'Empereur est parti le 6. au matin pour Presbourg, et que le
Comte de Sinzendorff l'a suivi le même jour, et le
Prince Eugene le lendemain, nous avons dû nous
depecher de leur parler. D'abord que j'eus reçû mes
lettres, je rendis à M. du Bourg celle qui étoit
pour luy, et nous concertâmes nos demarches
communes. Nous vimes le Prince Eugene le premier
et nous luy parlâmes separement. Je luy exposay
les alarmes que le Roy Catholique avoit conçûës
sur le voyage du Prince Electoral de Baviere à
Florence et sur les dispositions militaires de
l'Empereur lesquelles faisoient craindre à Sa Mté
Catholique, qu'il ne voulût, en cas que le Grand

v

Duc et le Prince Don Gaston, l'un si vieux, et l'autre
si valetudinaire vinssent à mourir, frustrer le Prince
Don Carlos des Expectatives qui luy avoient été pro
mises par la Quadruple Alliance, ce qui avoit en
gagé le Roy Cathe à requierir les deux roys garans
de prendre avec luy des mesures convenables et recettes
pour prevenir un cas qui seroit si diametralement
contraire à la Quadruple Alliance (je ne crûs luy
devoir parler sur ces mesures qu'en termes generaux)
j'ajouteray que comme le Roy Cathé s'étoit d'abord
adressé à son Altesse Royale, qui avoit communiqué
au Roy notre maitre la demande de celuy d'Espagne,
S.A.R. bien loin d'entrer dans les soupçons et dans
les defiances qu'on avoit inspirées à la Cour de
madrid, comptoit absolument sur la foy inviolable
que l'Empereur observoit dans tous ses Traittés et
qu'en consequence Elle étoit entierement persuadée
que s'il avoit pris quelques mesures militaires
par rapport à l'Italie, elles n'avoient été pro
duites que par les alarmes que l'armement
d'Espagne luy avoit causées; et que supposé

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meme que le Voyage du prince Electoral a Florence,
eût quelque vûës. Elle étoit persuadée qu'elles n'avoient
en aucune manière été concertées avec la Cour
Imperiale, puisqu'outre la confiance que S.A.R.
avoit à la parole et aux Engagemens de l'Empereur,
Elle ne voyoit pas qu'il luy pût être convenable que
le Prince de Baviere, qui epousoit une des Archi
duchesses josephines, pût se mettre en Italie dans
une posture qui pourroit avoir des suites si dan
genereuses aux Princesse filles de l'Empereur; mais
que comme tant de gens se peinoient à alarmer
la Cour d'Espagne, et que son Ate Rle n'avoit rien
plus à coeur que de dissiper ces ombrages, et de
detourner le Roy Cathe de toutes les resolutions
propres à causer du trouble dans l'Europe, et à
deranger le grand bût qu'on avoit eû en formant
la Quadruple Alliance, Elle croyoit que le moyen
le plus efficace pour y parvenir consistoit, à ce que
l'Empereur fit une declaration solemnelle, dans
laquelle il s'engageroit, en cas que le Grand Duc
et le Prince don Gaston, vinssent à mourir,
avant ou pendant le Congrez, que non

v

seulement il n'emperecheroit point que le Prince Don
Carlos ne prit possession du Duché de Toscane en
conformité de la Quadruple Alliance; mais qui
aussy il y concoureroit, que suivant la teneur de
cette même alliance les expectatives auroient dû
être expediées en même tems que l'Evacuation de
la Sicile s'est faite, mais qu'au defaut que cela eût
été accompli de la part de l'Empereur, S.A.R. étoit
persuadée, qu'au moins il ne refuseroit pas la Decla
ration authentique qu'on luy demandoit, puisque les
Expectatives étoient réellement echuës au Prince
Don Carlos, du moment que l'Espagne avoit accedé
à la Quadruple Alliance, et qu'Elle avoit en conse
quence evacüé la Sicile et la Sardaigne; que l'at
tention si vigilante qu'avoient les deux Cours de la
Grande Bretagne et de France à dissiper toutes les
alarmes que l'Empereur avoit conçûës sur l'arme
ment de l'Espagne, les avoit engagées d'agir si effi
cacement et si pressamment vers cette Cour, qu'Elles
en avoient obtenû une Declaration formelle, qu'Elle
n'entreprendroit rien qui fût contraire à la Quadruple

102r

Alliance, ni qui pût la troubler, que la cour d'Espagne
ayant à son tour des alarmes, il étoit aussy juste de
la tranquiliser, et que vû la caducité du grand Duc
et du Prince Don Gaston, cela ne se pouvoit faire
que par la declaration si juste que l'on demandoit;
que de cette maniere le Congrez pourroit s'ouvrir,
sans qu'on courût risque que ceux qui cherchent à
tout brouiller puissent parvenir à jetter de l'ombrage
entre les deux cours, et encore moins à les determiner
à quelques demarches capables de replonger l'Europe
dans le trouble et dans le desordre, et que l'on
pourroit alors discuter à Cambray avec tranquillité
tout ce qui restoit encore à regler entre les deux cours
J'ajoutay au Prince Eugene que le Roy notre
Maitre qui ne pouvoit pas donner assez de louanges
aux principes si conformes à la tranquillité publique,
si judicieux et si prudens que S.A.R. faisoit
paroitre dans toute sa conduite, les avoit adoptés
avec d'autant plus d'empressement, qu'il les croyoit
entierement conformes aux Interets de l'Empereur
et qu'il ne s'agissoit que de faire authentiquement

v

et avec un peu plus d'étenduë, une declaration
qui m'avoit été réïtérée plus de 20. fois de la part
de S.Mté Imperiale, savoir, qu'Elle remplitoit
exactement le contenu de la Quadruple Alliance;
qu'en consequence de cela, le Roy m'avoit donné
ordre de me joindre à Mr Du Bourg, qui en avoit
de pareils, pour prier de sa part, sa Mté imperiale
de vouloir bien faire cette declaration, dans laquelle
Elle s'engageroit, qu'en cas que le Grand Duc et le
Prince Don Gaston vinssent à mourir avant, ou
pendant le Congrez, non seulement Elle n'empe
cheroit pas le Prince Don Carlos d'entrer en posses
sion du Duché de Toscane, mais qu'encore Elle y
contribueroit sincerement; et aprez que je luy eus
fait cette exposition, je luy alleguay encore
plusieurs autres motifs, sur lesquels je ne suis pas
en état de m'étendre, pour l'engager à concourir
à cette declaration si necessaire. Le Prince me
repondit qu'il n'avoit sçû que par la gazette
d'Hollande les desseins que l'on attribuoit au
voyage du prince Electoral à florence; qu'il

103r

étoit très persuade, que l'Electeur ne l'avoit envoyé
en Italie que pour le detourner d'une amourette
qu'il avoit à Munich, et qui l'engageoit trop,
que si ce voyage avoit eû d'autres vuës, c'étoit
certainement sans la connoissance de l'Empereur,
et que du moins luy Prince Eugene, pouvoit
m'assurer que jamais on ne luy en avoit parlé, ni
on n'en avoit parlé dans la conference, que bien
loin que les mesures que l'Empereur avoit prises
par rapport à l'Italie, fussent d'une nature à
causer quelque ombrage, on n'en avoit pris que
de trop foibles dans une circonstance ou l'Espagne
armoit sans dire quel étoit le but de cet armement,
et vû que tous les avis qui leur venoient d'Italie
et d'Espagne assuroient que c'étoit dans le dessein
de mener le Prince don Carlos en Italie; que
tout ce qu'on avoit fait dans de pareilles Circon
stances avoit consisté à lever les recruës necessai
res pour rendre complets les Regiments qui étoient
en Italie, auxquels il manquoit 4. ou 5. mille
hommes. Que l'Empereur s'étant engagé dans

v

la Quadruple Alliance a donner les Expectations
aux Fils de la Reine d'Espagne, accompliroit
exactement sa parole, et ne feroit jamais rien
qui y fût contraire, pour autant qu'on observeroit
aussy de la part de S.M. Cathe les conditions
de la même Alliance, qu'il ne me pouvoit rien
dire de la part de l'Empereur sur mon exposition,
jusques à ce qu'il en eût reçu les ordres; mais
que son sentiment particulier étoit, que l'on ne
devoit pas refuser la declaration que SS.Mtés
Britannique et Tres Crhetienne demandoient, pour
vû que S.M. Cathe s'engagent aussy de son côté
à observer la Quadruple Alliance et à n'y con
trevenir en aucune maniere. Je tachay de
savoir ce qu'il entendoit par cette expression generale.
Il s'expliqua sans difficulté, et il dit: "Les expec
tatives sont promises aux Fils de la Reine d'Espagne,
l'Empereur est obligé de les leur accorder sur le
pied de la Quadruple Alliance, il tiendra exac
tement sa Parole sans y contrevenir en aucune
manière, mais il n'est pas obligé de permettre

104r

que les Fils de la Reine d'Espagne se mettent en posses
sion des Etats, soit de Toscane, soit de Parme, qu'autant
qu'ils auront pris prealablement les Investitures,
telles que nous sommes obligés de les leur donner,
cependant suivant divers avis qui nous sont venus,
on ne se soucie point de les avoir". Je luy repondis,
que j'gnois si ces avis étoient vrays, ou non, que
l'on pourroit discuter au Congrez de quelle maniere
l'acte touchant les investitures devroit être formé;
mais que toûjours la tranquillité publique
exigeoit que l'on fût bien assuré, que jusqu'à ce
qu'on eut tout reglé à Cambray, l'Empereur
ne feroit rien qui pût en aucune maniere tendre
à frustrer les fils de la Reine d'Espagne du droit
qu'ils avoient acquis par la Quadruple Alliance,
"Je vous ay déjà dit, repartit le Prince, que l'Empereur
est déjà engagé solemnellement à cela par la dite
Alliance, et qu'il remplira toûjours religieusement
ce Traitté; mais si l'on veut une nouvelle decla
ration de notre part, il faut aussy que l'Espagne
donne la sienne, et que nous soyons seurs qu'Elle
ne veut en aucune maniere s'écarter de la

v

Quadruple Alliance" Quoique je sache bien que
le Roy Cathe ni les autres Allies ne se soucient
plus de mettre les garnisons autres qui avoient
été stipulées dans le traitté, et dont je n'avois
obtenu le consentement de cette cour qu'avec tant
de peine, je jugeai neantmoins à propos d'en
toucher quelque chose au Prince pour le sonder
et je luy dis, Je crains que si vous ne voulez
pas donner la declaration qu'on vous demande, l'on
ne soit obligé d'en revenir aux garnisons neutres
qui avoient été stipulées, puisque sans cela, si le
Grand Duc et le Prince Don Gaston venoient à
mourir, avant que l'on fit convenû à Cambray,
les Fils de la Reine d'Espagne seroient dans le risque
de voir occuper par d'autres les Etats que la Quadruple
Alliance leur assure, et ces garnisons neutres cou
teroient à l'Empereur l'entretien de 1 500 hommes.
Cette reflexion embarassa veritablement le Prince
Eugene, et même il voulut d'abord contester que
l'article des garnisons neutres fût aussi authentique
que le reste de ce qui est stipulé dans la Quadruple
Alliance, mais il ne pût pas longtems soutenir

105r

cette These. Je vous le repete, Monsieur, il ne s'agit
point icy des garnisons neutres, lesquelles ne peuvent
convenir à personne, il s'agit seulement de se servir
de cette stipulation pour obtenir plus aisement la
declaration que l'on demande de cette cour icy.
Je demanday aussi au Prince Eugene pourquoy
l'Empereur étant oblié de donner les expectatives
et les Investitures en même tems que l'Evacuation
de la Sicile s'est faite, il ne s'étoit pas plus peiné
à avoir promtement le consentement de l'Empire.
Cette question l'embarassa d'abord, car il sait bien
qu'il y a eu là un mauvais menage du vice
Chancelier; mais il tacha de se tirer d'affaire en me
repndant, que si la Cour d'Espagne les avoit de
mandées, on les auroit certainement données dans le
tems marqué; mais qu'il n'étoit pas de la dignité
ni de l'Empereur ni de l'Empire de se prostituër en
faisant un acte avant que de savoir si la Cour
d'Espagne vouloit le reçevoir. Le Prince finit sa
conversation avec moy sur cette matiere, en me
reïterant que je pouvois assurer Sa Majesté, que
l'Empereur rempliroit exactement tous les engagemens

v

mais que c'étoit sous la condition que le Roy Cathe
observeroit aussy les siens.

j'en sortois, il ne s'explique à luy qu'en termes
generaux en luy disant que son avis particulier étoit,
que l'Empereur accordât la declaration qu'on luy
demandoit, pourvû que le Roy Cathe s'engageat
aussy à ne rien faire contre la Quadruple Alliance.
Nous fumes ensuite ensemble, M. du Bourg et moy,
chez le Comte de Sinzendorff, à qui j'exposay à peu
prez de la même maniere que je l'avois fait au
Prince l'état de la question. Il paroît assez gouter
notre Proposition; mais il demande seulement que
les Espagnols fissent aussi une declaration que de leur
coté ils n'atenteroient rien contre la Quadruple
Alliance.

Comme il est presque indispensable qu'on ait par
écrit un objet de deliberation nous sommes convenus
avec M. le Prince, et avec le Comte de Sinzendorff
de dresser un petit Pro Memoria dans lequel l'Etat de
la question sera exposé, et sur lequel on nous donnera
une reponse, nous le ferons incessament et nous

106r

irons ensuite à Presbourg pour pousser la chose la
plus efficacement qu'il nous sera possible, mais la cir
constance de la Diete de Hongrie est un grand contre
tems.

sentimens particuliers sur tout cela, j'auray dabord
l'honneur de vous dire, que je suis très persuadé
que le Prince Electoral n'est point allé sans dessein à
Florence, et qu'il a compté que l'Electrice Palatine
l'aideroit dans ses vûës. J'ignore si l'Empereur a
eû connoissance de ce dessein; j'ay cependant lieu
d'être persuadé que non; Car il n'étoit encore rien
moins que determiné sur le mariage de sa niece avec
le Prince Electoral, lorsque celuycy a entrepris ce
Voyage. Je suis très convaincu que le Prince
Eugene m'a dit vray, en m'assurant qu'on n'avoit
rien communiqué ni à luy, ni à la conference du
dessein du Voyage du Prince Electoral, supposé qu'il
y en ait eû reellement un; mais je ne le suis pas
moins, que si ce dessein a été effectif, on en doit
l'Invention au Vice-Chancelier, lié depuis si long

v

tems avec la Cour de Baviere, et Ennemi ouvert de la
Quadruple Alliance; Il n'y a pas de jour que tantot
luy, tantôt les Espagnols qui sont icy ne fassent des
projets visionnaires qui n'ont point de succes, puis
qu'à la fin tout se doit rapporter à la conference, et
que les Principaux ministres qui la composent ont
des principes d'une toute autre nature
Je me suis informé exactement, et il est seur, qu'ils ne
font que recruter leurs Trouppes. L'alarme que leur
avoit causé les Espagnols, les avoit engagé à donner
ordre à plusieurs Regimens de se tenir pret à marcher.
Cette même alarme qui a été considerablement grossie
par les amis de la Maison de Bavière, leur a donné
lieu d'engager l'Empereur à accorder sa nieve au
Prince Electoral, et il a pris en même tems des
mesures avec cette maison, et dans lesquelles une
partie des Princes Ecclesiastiques d'Allemagne sont
entrés, et lesquels sont capables, à ce que l'on croit
icy de fournir à l'Empereur 30/m hommes en cas
d'une guerre en Italie. Je suis très convaincû que
malgré ces mesures, l'Empereur ne songe pas a entre
prendre la moindre chose qui soit contraire

107r
à la Quadruple Alliance quelque mouvemens que
se puissent donner à cet égard le Vice-Chancelier
et les Espagnols d'icy. Et s'il n'étoit pas trop hardi
à un particulier de reondre d'une chose de cette
nature, j'oserois repondre de cellecy. Mais en
ehcange je vois avec bien de la douleur que ces
mêmes mesures rendront cette Cour icy infiniment
plus difficile dans tout ce qui regarde le Congrez de
Cambray qu'Elle ne l'auroit été cydevant. Et comme
l'on est assez sujet à se flatter icy, l'on se croit en si
bon état que selon moy, l'Empereur voudroit à
l'heure qu'il est que la Cour d'Espagne tentât quelque
chose qui fût contraire à la Quadruple Alliance,
dans l'idée que cela le degageroit de l'obligation
où il s'est mis par rapport aux investitures, mais
cela n'empechera pas qu'on ne les aye, et que
tout l'efet ne s'en ensuive, pourvû qu'on puisse
convenir de la maniere dont elles seront expediées
et que la Cour d'Espagne n'entreprenne rien qui nous
dérange. Je ne prevois que trop, que la demande
que nous faisons aura difficilement un autre efet
non de donner un ordre aux Ambassadeurs Imper

v

en ce qu'aprez que les mediateurs auront bien examiné,
et en évitant soigneusement de temoigner aucune
partialité, les raisons de part et d'autre, ils forment
un projet juste et equitable qui comprenne tout,
et qui soit proposé à l'une et l'autre Cour avec
fermeté. L'étroite et parfaite union qui est entre
S.Mté et S.A.R. et la conformité de leurs
vûës par rapport à ce grand Ouvrage, est le principal
fondement de toutes mes esperances, car cette parfaite
Union les met en état de parler là où il est necessaire
avec vigueur et avec poids. J'espere en second lieu,
que S.Mté Cahte voudra bien considerer qu'en
ne faisant point d'incident les Etats de Toscane et de
Parme au Prince don Carlos et que même le cas de
se mettre en possession de ceux de Toscane, n'est pas
vraysemblablement bien eloigné; au lieu que tandis
que cette affaire n'est pas entierement terminée
par les investitures, il peut arriver mille incidents
capables de le priver de cete Etat considerable, que
des qu'Elle voudra employer la voye de fait,

109r
l'Empereur en promettant ces mêmes Etats à d'autres Princes
pourra fortifier tellement son parti en Italie, que
tout ce qu'on entreprendroit contre luy pourroit
aisément ne se terminer qu'à le rendre plus
absolu et plus puissant dans ce Pays-là, car la
famille du Pape regnant, le roy de Sardaigne et
l'Electeur de Bavière peuvent être accomodés
aux depends des Fils de la Reine d'Espagne, et attaches
par là à l'Empereur; Et il m'est revenu déja de
plusieurs cotés, que le Pape convoite pour sa
famille les Etats de Parme et que c'est cette vûë
qui l'a rendu si facile par rapport aux Investitures
de Naples. J'espere en troisième lieu, que si cette
Cour icy voit un Projet raisonnable et si l'on peut
luy dire que l'acceptant Elle terminera tout d'un
coup toutes les difficultés et qu'Elle aura la Garantie
de Sa Majesté et de la Couronne de France pour
la tranquille possession de tous les Etats en Italie,
sans qu'on veuille exiger d'Elel rien au delà de
ce que ce Projet contiendra, Elle y pensera deux
fois avant que de refuser d'y acquiescer; et qu'Elle

v

ne voudra pas s'exposer à tous les inconveniens qui
pourroient luy arriver, si l'on ne peut pas parvenir
à terminer ses differents avec l'Espagne, ce sera
alors et en cas qu'Elle voulut refuser d'accepter ce
Projet qu'il sera necessaire de luy parler de la part
des deux Puissances mediatrices avec fermeté et avec
vigueur.

à son Eminence et de l'assurer que je n'omettrai rien
pour repondre de mon mieux à la bonne opinion
qu'Elle daigne bien avoir de moy, Et du moins ose-je
l'assurer que je ne gaterai pas cette Cour icy par
mes adulations et faute de m'expliquer franchement
et naturellement à l'égard de toutes les choses où
Elle pourra être dans le tort.

depuis quelque tems, il sembloit que le parti Espa
gnol s'étoit fortifié plûtôt qu'affoibli depuis la
mort du Comte d'Althan; mais l'archeveque de
Valence et le Marquis de Rialp, les deux principaux
pilliers de ce parti qui s'étoient reunis depuis la
Mort du favory s'étant de nouveau brouillé

110r

plus fort que jamais le Prince Eugene paroit avoir
gangé depuis lors bien du terrain. Il s'étoit aussy
brouillé avec le Comte de Sinzendorff ce qui étoit
fort nuisible à l'un et à l'autre; mais depuis quel
ques jours il semble qu'ils se reünissent, et si ces deux
ministres s'entendent bien, ils feront icy la pluye et
le beau tems par rapport aux affaires publiques. Si
le Prince Eugene rentre dans son ancien poids, cette
Cour n'en sera que moins flexible lorsqu'Elle croira
avoir raison et c'est ce qu'Elle croit souvent assez
legerement, mais en echange, il n'y aura plus à
craindre de patelinages ni de voyes detournées
et l'on pourra traitter seurement avec Elle par
rapport à la solidité de tous ses Engagemens.

je dois avant que de la finir, deplorer avec vous
le caractere de tous ces Mrs d'Italie. Il y en a
peu d'entr'eux qui ne craignent mortellement une
guerre, car ils voyent bien que la ruine de l'Italie
s'en ensuivroit necessairement, cependant avec leurs
malheureuses passions particulieres, speculations,
creuses, nouvelles ou notoirement fausses, ou exagerees

v

et esperances denuées de toute solidité, ils ne cessent
de faire tout ce qui est le plus propre à plonger leur
Patrie dans toutes les horreurs d'une guerre dont
personne ne sauroit prevoir l'evenement."

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