Je présenterai avec Stefano Cattelan aux Journées internationales de la Société d'Histoire du Droit à Turin début join.
Résumé:
L’historiographie
du droit international
tend à diversifier les acteurs du « droit de la nature et des
gens », en prenant comme axiome que ce droit est « international » par son
origine, et non par son objet
Parmi les acteurs « non-étatiques », on retrouve notamment les ordres
militaires, transnationaux en essence, qui recrutent parmi les élites
catholiques de l’Europe, comme en témoignent les chapelles éblouissantes des
« nations » dans la Cathédrale Saint-Jean à La Valette, admirée
aujourd’hui par des touristes et visiteurs venus du monde entier.
Dans le
long cortège des diplomates présents au Congrès de Cambrai (1722-1725), le
représentant de l’Ordre de Malte apparaît dans une communauté diplomatique où
on croise Venise, Modène, Guastalla, Neri Florence, Gènes et Parme et
Plaisance, ou encore Savoie-Sardaigne. La balance de l’Italie fut à l’ordre du
jour des cours européennes sans interruption entre 1713 et 1748. Cela
s’explique non seulement à cause du bellum diplomaticum entre la cour de
Vienne et les princes italiens,
mais aussi par l’ambition de l’Ordre dans les relations entre acteurs non
monarchiques. Suivant Alain Blondy, les grand-maîtres aspiraient à une
souveraineté territoriale.
L’Ordre
réclamait une reconnaissance localisée dans l’espace de sa neutralité,
non seulement en tant que protecteur de la navigation chrétienne, jouissant
d’exceptions fiscales,
mais aussi pour asseoir ses pouvoirs sur un territoire. La
contribution proposée se penche sur l’actualité scientifique de cette
revendication, où un acteur cherche à pérenniser son existence à travers une
reconnaissance juridique, tout en altérant sa nature. Plutôt que de célébrer la
différence de son statut avec celui d’un État, l’Ordre espère se réfugier dans
une catégorie d’analyse que l’historiographie récente tend justement à
dépasser.