dinsdag, juni 02, 2026

CONFERENCE PAPER: "Atteindre la souveraineté à travers la neutralité: l’Ordre de Malte et son assise territoriale (1722-1725)" (with Stefano CATTELAN) [Droit de l'art, du patrimoine et des biens culturels: histoires, normes circulations/Journées internationales de la Société d'Histoire du Droit 2026] (Torino: Università di Torino, 4-7 JUN 2026)

(image source: SHD)
 

Je présenterai avec Stefano Cattelan aux Journées internationales de la Société d'Histoire du Droit à Turin début join.

Résumé:

L’historiographie du droit international[1] tend à diversifier les acteurs du « droit de la nature et des gens », en prenant comme axiome que ce droit est « international » par son origine, et non par son objet[2] Parmi les acteurs « non-étatiques », on retrouve notamment les ordres militaires, transnationaux en essence, qui recrutent parmi les élites catholiques de l’Europe, comme en témoignent les chapelles éblouissantes des « nations » dans la Cathédrale Saint-Jean à La Valette, admirée aujourd’hui par des touristes et visiteurs venus du monde entier.

Dans le long cortège des diplomates présents au Congrès de Cambrai (1722-1725),[3] le représentant de l’Ordre de Malte apparaît dans une communauté diplomatique où on croise Venise, Modène, Guastalla, Neri Florence, Gènes et Parme et Plaisance, ou encore Savoie-Sardaigne. La balance de l’Italie fut à l’ordre du jour des cours européennes sans interruption entre 1713 et 1748.[4] Cela s’explique non seulement à cause du bellum diplomaticum entre la cour de Vienne et les princes italiens,[5] mais aussi par l’ambition de l’Ordre dans les relations entre acteurs non monarchiques. Suivant Alain Blondy, les grand-maîtres aspiraient à une souveraineté territoriale.[6]

L’Ordre réclamait une reconnaissance localisée dans l’espace de sa neutralité,[7] non seulement en tant que protecteur de la navigation chrétienne, jouissant d’exceptions fiscales,[8] mais aussi pour asseoir ses pouvoirs sur un territoire.[9] La contribution proposée se penche sur l’actualité scientifique de cette revendication, où un acteur cherche à pérenniser son existence à travers une reconnaissance juridique, tout en altérant sa nature. Plutôt que de célébrer la différence de son statut avec celui d’un État, l’Ordre espère se réfugier dans une catégorie d’analyse que l’historiographie récente tend justement à dépasser.[10]



[1] F. Dhondt, « Historiography of International Law on the European Continent », dans A. Peters et R. Lesaffer (éds.), The Cambridge History of International Law: Volume 1: The Historiography of International Law, vol. 1, Cambridge, Cambridge University Press, 2024, pp. 244‑272 (The Cambridge History of International Law).

[2] E. Tourme Jouannet, Le droit international, le capitalisme et la terre. Histoire des accaparements de terres d’hier à aujourd’hui, Bruxelles, Bruylant, 2021 (Collection de droit international 93).

[3] F. Dhondt, Balance of Power and Norm Hierarchy. Franco-British Diplomacy after the Peace of Utrecht, Leiden/Boston, Martinus Nijhoff/Brill, 2015, pp. 260‑261 (Legal History Library/Studies in the History of International Law 17/7).

[4] F. Dhondt, « De La Haye à Cambrai: Lenteur et impatience de la pacification entre métropoles et congrès (1720-1725) », dans E. Schnakenbourg (éd.), Le traité de Nystad et l’établissement de la paix en Europe dans les années 1720, s.l., Presses Universitaires de Rennes, 2024, pp. 167‑184 (Enquêtes et Documents - Echanges, relations internationales & histoire du monde atlantique 77).

[5] M. Schnettger, « Das Alte Reich und Italien in der Frühen Neuzeit. Ein institutionsgeschichtlicher Überblick », Quellen und Forschungen aus Italienischen Archiven und Bibliotheken, 1999, pp. 344‑420 ; E. Salerno, « Natural Law at the University of Pisa: From the Ius civile Teachings to the Establishment of the First Chair of Ius publicum in 1726 », dans E. Fiocchi Malaspina et G. Silvestrini (éds.), Natural Law and the Law of Nations in Eighteenth- and Nineteenth-Century Italy, Leiden/Boston, Brill, 2023, pp. 17‑49.

[6] A. Blondy, L’Ordre de Malte au XVIIIe siècle. Des dernières splendeurs à la ruine, Paris, Éditions Bouchène, 2002 (Bibliothèque de la Méditerranée).

[7] E. Schnakenbourg, Entre la guerre et la paix: neutralité et relations internationales, XVIIe-XVIIIe siècles, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013, p. 54 (Histoire); S. Cattelan et F. Dhondt, « Neutrality in the Long Eighteenth Century (1650-1800), une mer sans rivages? », dans S. Cattelan et F. Dhondt (éds.), Law as Argument in the Pelagic Arena, Leiden/Boston, Brill, 2025 (History of European Political and Constitutional Thought 14).

[8] F. Dhondt, « Jurisdiction and Taxation in the Habsburg Netherlands: the Manuscripts of Goswin Arnould de Wynants, Emperor Charles VI’s Belgian Councillor », Handelingen van de Koninklijke Commissie voor de Uitgave van Oude Wetten en Verordeningen van België, forthcoming 2025, p. 312.

[9] F. Dhondt, « Territory and Jurisdiction in Old Regime Europe », dans The Cambridge History of International Law: Volume 6: International Law in Early Modern Europe, vol. 6, Cambridge, Cambridge University Press, 2025, pp. 421‑465 (The Cambridge History of International Law).

[10] R. Lesaffer, « Scope, Scale and Humility in the History of International Law », dans A. Peters et R. Lesaffer (éds.), The Cambridge History of International Law: Volume 1: The Historiography of International Law, vol. 1, Cambridge, Cambridge University Press, 2024, pp. 1‑46 (The Cambridge History of International Law).

(cf. conference website)